Télétravail : ce qui peut encore freiner managers et collaborateurs à l’heure du confinement

Le confinement imposé oblige de nombreuses entreprises à expérimenter sans préparation le télétravail. Si, pour certains, cette expérimentation permet de démystifier une pratique qu’ils craignaient sans la connaitre, pour d’autres elle peut confirmer voire renforcer des craintes ancrées.
Voici un article pour comprendre ce qui freine encore managers et collaborateurs et pourra les freiner demain à la fin du confinement.

Le bureau traditionnel comme point de repère pour la sociabilisation des équipes

Pour de nombreux collaborateurs, le bureau physique a une dimension symbolique fondamentale. Cela peut aller jusqu’à représenter dans l’imaginaire intime une deuxième maison, avec un attachement à un environnement qui nous est familier, dans lequel on trouve ses repères. C’est un lieu de vie qu’on apprécie.
Or, dans le cadre du confinement, le télétravail peut apparaître comme un moyen d’être coupé de ses collègues et de ses amis. Cela n’amoindrit donc en rien cette crainte de voir le bureau traditionnel disparaître comme point de repère pour la sociabilisation des équipes.

On considère en effet que le télétravail génère un risque de dé-sociabilisation pour le collaborateur vis-à-vis de l’entreprise. Contrairement à la situation actuelle, instituer comme limite deux jours de travail télétravaillés par semaine est un bon moyen de se prémunir contre ce risque. La venue au bureau devient alors essentielle au collaborateur, spécifiquement pour ce besoin de rencontre et de sociabilisation, et non pour la recherche d’équipements digitaux adaptés qu’il ne trouve pas pour le moment à son domicile.

La place importante du manager de proximité dans l’animation de la collectivité

On comprend maintenant que l’expérience du confinement donne une vision faussée du télétravail, car, dans l’essentiel des dispositifs, le télétravail n’est qu’un moment de l’expérience collaborateur, alors qu’il devient l’intégralité pendant le confinement. Une bonne réussite du télétravail est donc possible en fonction de la qualité du temps passé à la fois dans les instants télétravaillés et dans les moments passés en entreprise.

Pour gérer cette alternance de moments, le manager de proximité a un rôle clef. C’est lui qui est garant du lien continu entre le collaborateur et la collectivité. Il doit incarner positivement le management. Si cette mission n’est pas remplie en présentiel, le télétravail ne fera qu’endommager le lien du collaborateur à son entreprise. La mise en place du télétravail est donc une raison de plus pour faire prendre conscience aux managers de proximité du rôle clef qu’ils doivent jouer.

Le télétravail : quels impacts sur la vie privée ?

Un autre écueil du télétravail est de rendre poreuse la fine frontière qui existe entre l’environnement professionnel et l’environnement personnel. Travailler chez soi ne permet plus de bénéficier de ce temps de déconditionnement entre ces deux mondes qu’offre un trajet en voiture ou en train. Or, ce temps de déconditionnement est nécessaire pour passer d’un rôle social à un autre, de « je suis professionnel et je suis objectivé pour résoudre des problèmes professionnels » à « je suis chez moi et je m’occupe des problèmes de la vie de tous les jours ».

Le droit à la déconnexion vise précisément à garantir cette protection de la vie privée, qui peut pâtir du fait d’être toujours joignable avec les nouveaux outils de communication. Ce droit s’applique donc autant, si ce n’est plus, à une situation de télétravail, afin de garantir une protection de la vie privée.
Nous recommandons pour cela la mise en œuvre de rites, de sas, qui permettent de rendre tangible le changement d’attitude et d’univers. Cela peut se faire en éteignant un appareil, en changeant de vêtement, ou toute autre démarche qui marque la fin de la journée de travail.

Le télétravail implique une réorganisation collective et personnelle

Vivre le télétravail représente un bouleversement considérable dans nos manières de travailler. Cela suppose de concevoir un rapport au temps et à l’espace de travail radicalement nouveau. C’est tout le cadre de référence qui se trouve bouleversé pour le collaborateur comme pour le manager. Un effort est nécessaire pour tous.

Ainsi, pour toutes ces raisons, il est impératif que soient bien traitées et appréhendées les résistances et les craintes liées au télétravail. Sans cela, toute tentative d’évolution vers des modes de travail plus distanciels sera mal interprétée et mal vécue par les collaborateurs. Or, il y a le risque qu’avec le confinement, le télétravail ne soit qu’une souffrance de plus pour des collaborateurs déjà coupés de leurs amis, et parfois de leur famille.

Les rédacteurs :


 


Jules SIMONIN – Consultant

Marc GODARDManager

Pour en savoir plus, vous pouvez le contacter à cette adresse :
marc.godard@wavestone.com

 
 
 

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