Comment les neurosciences peuvent-elles éclairer nos choix en matière de conduite du changement ?

Pour réussir leurs transformations, les entreprises accompagnent souvent leurs projets d’une stratégie de conduite du changement. Celle-ci vise à accompagner les collaborateurs dans la transformation en leur permettant de comprendre ses enjeux, d’être acteurs du changement et d’ancrer les nouvelles pratiques dans leur quotidien. Ainsi, les passionnés de la conduite du changement doivent régulièrement s’interroger sur les leviers du changement : qu’est-ce qui va pousser les individus, ou les équipes, à changer leurs habitudes et à adopter le changement ?

Dans cet article, nous vous proposons de réfléchir à cette question grâce aux apports des neurosciences, les sciences du système nerveux. Découvrez ce que représente le changement pour le cerveau et identifiez comment l’encourager à changer ses habitudes !

 

Les habitudes : le confort des neurones

Le fonctionnement du cerveau repose sur la création et le maintien des habitudes. Selon William James, ce sont les habitudes qui dictent notre comportement : « Simples assemblages d’habitudes, nous sommes des créatures stéréotypées, des imitateurs et des copieurs de nous-mêmes. ».

Ce sont les noyaux gris centraux qui dirigent les habitudes. Lorsqu’une situation se présente, le cortex sensoriel envoie toutes les informations aux noyaux gris centraux. Ces derniers choisissent l’action à exécuter et renvoient l’information aux cortex prémoteur et moteur qui vont alors l’exécuter. Si l’action choisie par les noyaux gris centraux répond correctement à la situation, de la dopamine est libérée. Cette dopamine est une vraie récompense pour les noyaux gris centraux : ceux-ci enregistrent que cette réponse est satisfaisante et modifient durablement les cellules (renforcement des dendrites et des arborisations axonales). Cette modification des cellules renforce l’habitude : lorsqu’une situation similaire se reproduira, les noyaux gris proposeront à nouveau cette action, mais encore plus rapidement.

Pour le cerveau, une habitude est donc un circuit neuronal. Plus l’habitude est ancrée, plus le circuit est souvent utilisé, ce qui le rend plus efficace et plus rapide.

 

Le changement : une modification morphologique du cerveau

Au niveau du cerveau, changer implique, d’une part, d’effacer les circuits neuronaux des anciennes habitudes et d’autre part de créer de nouveaux circuits neuronaux.

1. Effacer les circuits neuronaux des anciennes habitudes

Pour que le cerveau puisse effacer un circuit neuronal, il faut ne pas l’utiliser pendant un certain temps : c’est le principe de la « non-utilisation apprise » d’Edward Taub.

En pratique, cela signifie qu’il faut pousser, voire contraindre, les collaborateurs à faire autrement jusqu’à ce que les anciens circuits disparaissent. Pour cela, la stratégie de conduite du changement devra placer les collaborateurs dans une situation relativement inconfortable, permettant ainsi de générer un stress positif. On parle alors de « zone optimum de stress ». C’est dans cette zone que l’amygdale peut entrer en jeu et proposer de nouvelles actions. En dessous de ce niveau de stress, l’amygdale n’intervient pas et ce sont les noyaux gris centraux qui vont proposer l’action habituelle : le collaborateur ne change pas. Au-delà de ce niveau de stress, le collaborateur est en état d’anxiété et ne peut pas agir. Cette situation correspond à celle provoquée par le « sentiment d’urgence » décrit par Kotter.

2. Créer de nouveaux circuits neuronaux, puis les renforcer

Une fois que les collaborateurs ont abandonné leurs anciens circuits neuronaux, ils en créent de nouveaux grâce à l’intervention de l’amygdale. Pour ancrer le changement dans la durée, il faut alors répéter cette nouvelle habitude afin que les cellules se modifient durablement (renforcement des dendrites et arborisations axonales).

Changer représente donc pour le cerveau une modification morphologique des cellules : c’est ce qu’on appelle la plasticité. Si le cerveau n’y est pas incité, il ne changera pas et utilisera les circuits neuronaux connus : les habitudes.

 

Peut-on faire du changement une habitude ?

Pour Pierre-Marie Lledo, plus le cerveau est exposé au changement, plus sa capacité à créer de nouveaux circuits neuronaux sera grande. Autrement dit, la capacité d’un adulte à s’adapter repose sur son exposition au changement.

Selon ce neuroscientifique, chaque individu peut donc favoriser sa plasticité neuronale en respectant quelques principes :

  • Fuir la routine et se confronter au maximum au changement
  • Comprendre l’information qui est fournie au cerveau et lutter contre la surinformation
  • Entretenir des relations sociales et se confronter à l’altérité
  • Ne pas prendre de substances type anxiolytiques, avoir une activité physique régulière et un régime alimentaire varié et riche en fibres.

Cela signifie qu’en s’exposant au changement, notre cerveau devient plus malléable et nous développons ainsi notre plasticité. Peu importe notre âge, nous avons tous la possibilité, au niveau individuel, de faire du changement une habitude.

Dans la même logique, plus une organisation est exposée au changement, plus elle pourra développer sa « plasticité organisationnelle ».

Faisons donc du changement une habitude dans nos organisations !

Sources

Neuroleadership. Le cerveau face à la décision et au changement. James Teboul et Philippe Damier. Editions Odile Jacob. 2017.

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/04/22/le-cerveau-se-nourrit-du-changement_5289025_3234.html

https://www.forbes.fr/management/pierre-marie-lledo-neurosciences-pour-meilleur-management/?cn-reloaded=1

https://www.logique-emotionnelle.com/la-le/qu-en-dit-la-science/pierre-marie-lledo/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Plasticit%C3%A9_neuronale

https://ouimoveup.com/

https://www.mymentalenergy.com/

https://www.didask.com/

https://www.woonoz.com/


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Sarah CARPENTIERConsultante


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Benjamin NINOUManager
benjamin.ninou@wavestone.com

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