Avec des si, on mettrait Paris (SG) en bouteille

Ce mardi soir, l’Atletico Madrid va jouer à Munich son billet pour la finale de la Ligue des Champions. Certes, le résultat est incertain mais je peux d’ores et déjà vous garantir que nous assisterons à une prestation collective de très grande qualité des « cotchoneros » qui chercheront à conserver le maigre avantage d’un but, chèrement acquis au match aller. Don de soi, abnégation, respect scrupuleux des consignes du coach, sans oublier le talent, seront les principaux ingrédients que chacun pourra constater à l’écran. Le lendemain, c’est Manchester City qui défiera le grand Real Madrid, dans son antre de Bernabéu. Fort du match nul obtenu au match aller, les Citizens (made in Dubaï) vont à Madrid pour arracher leur billet pour une 1e finale européenne, ce qui serait une nouvelle défaite pour le PSG (made in Qatar). Rappelons à ceux qui l’auraient oublié qu’en avril, ce même PSG avait perdu, à la régulière, sur le rectangle vert, ce qui fut nommé le 1er Golfico. Au-delà de la déception ou de la frustration des fans de football, cet échec sportif doit avoir une utilité pour le club mais il peut également servir de cas pratique managérial à bien des entreprises.

Faire des erreurs n’est pas un problème, ne pas les comprendre ou les reproduire le serait. Si le PSG n’avait pas loupé le match aller, si les stars avaient répondu « présent » au match retour, si le cas Aurier avait été mieux géré et si… Les plus optimistes d’entre nous diront que si PSG retrouve l’ivresse de la victoire en Coupe de la Ligue (done) et en Coupe de France (contre le grand rival, l’OM), alors la saison 15/16 des parisiens aura été du même tonneau que la précédente. Les plus pessimistes diront qu’avec 500 millions € d’investissement en 5 ans, la performance du PSG ne peut s’évaluer que sur la scène européenne et qu’avec une 3ème élimination consécutive en quart de finale de Ligue des Champions, les parisiens auront loupé leur saison. Question de perception entre une bouteille à moitié pleine ou vide…

Avec une moyenne d’âge de 26 ans, l’effectif parisien est entre la génération Y et la génération Z dont une des particularités est la quête de sens, la nécessité de comprendre l’utilité des tâches qu’on leur assigne et partager les objectifs de l’entreprise. Comme pour bien des dirigeants, Pascal Demurger (directeur général de la Maif) estime que la confiance des collaborateurs n’est possible que si elle repose sur une solide culture d’entreprise. L’adage dit que « le temps, c’est de l’argent ». QSI au PSG a fait la démonstration que l’argent fait gagner du temps. Sportivement et en moins de deux ans, le club a su reprendre les commandes de l’ensemble des compétitions nationales. Les 5 dernières campagnes européennes ont permis au club francilien de revenir dans le top 20 européen, toutes catégories : 11ème à l’indice UEFA (juste derrière Arsenal et Manchester United) et 4ème au classement de la Football Money League (juste derrière le Real Madrid, le FC Barcelone et Manchester United). Désormais le club parisien est dans la short-list des destinations possibles voire souhaitées de l’ensemble des joueurs (et leurs agents) y compris des stars. Évidemment, pour atteindre ce niveau de performance, l’effectif du Paris Saint-Germain est déjà composé de joueurs de talents, faisant l’objet de nombreuses convoitises et sollicitations de « chasseurs ». Pour réduire les effets de la surenchère salariale, la culture du club, son histoire, son palmarès, l’aura sont autant de leviers de « fidélisation » des joueurs. Même si le PSG est le plus jeune des grands clubs européens (création le 26/08/1970), il a un véritable palmarès national et un historique international. Mais l’institution « club » est encore en phase de construction. La relation et la valorisation des glorieux anciens représentent un axe de progrès, ce qui a fait dire à Zlatan Ibrahimovic, avec tout le sens de la mesure qu’on lui connaît, que le « PSG était né avec le Qatar ». 

Lors du dernier Cercle Humania, Christophe Catoir – Président du Groupe Adecco, a partagé avec les différents DRH, sa vision quant à l’importance de la culture d’entreprise et à l’évolution des techniques de management. Pour lui, le facteur clé de succès d’un manager est, aujourd’hui plus qu’hier, de savoir transmettre, diffuser, générer de l’envie. Le bon manager du 21e siècle est celui qui saura au mieux tirer profit du quotient émotionnel de chacun, le développer tout en veillant à la plus grande adéquation possible de ceux-ci et la culture de l’entreprise. Avec du recul, on peut se dire que la gestion du quotient émotionnel de l’ensemble de l’effectif autour du quart de finale de C1 n’a pas été optimale.

À la décharge de Laurent Blanc (entraîneur du PSG), l’absence d’une réelle opposition sur la scène nationale ajoute une difficulté certaine dans la nécessité de maintenir un niveau d’engagement de l’ensemble de l’effectif. Si le sujet de la confiance (en vers l’entraîneur) a été géré per les dirigeants (prolongement du contrat signée dès février), il n’en est pas de même au niveau du sportif et extra-sportif. De par sa sortie sur les réseaux sociaux pour le moins déplacée, Serge Aurier a engendré plusieurs situations managériales à problème : entre lui et ses « collègues », entre lui et l’entraîneur, entre lui et son employeur, entre lui et les fans, entre lui, les médias et plus largement l’opinion publique. Conscient immédiatement que ce dérapage était un sujet complexe, à multi facettes, la direction s’est donnée du temps dans la gestion de ce dossier. Avec un peu de recul (c’est toujours plus facile ainsi), le temps a presque fait son œuvre. Le joueur a rapidement été pardonné par ses coéquipiers. Rester alors à savoir si le club et/ou le coach voulait faire de Sergé Aurier, un exemple pour l’avenir (préservant l’image de l’institution), une (ré)affirmation de l’autorité de l’entraîneur ou une gestion pragmatique privilégiant la performance immédiate à la vindicte populaire. À posteriori, Laurent Blanc et le club ont choisi un compromis mou. En sanctionnant financièrement et sportivement le joueur, les valeurs du sport et du club ont été « sauvées ». En réintégrant le joueur dans le groupe, l’unité du vestiaire a été, au moins en façade, maintenue. En ne retenant pas Serge Aurier dans le groupe pour affronter l’OGC Nice, Laurent blanc a probablement commis une erreur. Soit il voulait faire joueur Serge Aurier contre Manchester City, et alors il fallait lui redonner du temps de jeu. Soit il avait décidé du contraire et alors il fallait le faire jouer contre Nice pour préserver Marquinhos (comme pour les autres titulaires). À posteriori, on sait que Serge Aurier n’a pas été performant lors de la double confrontation avec Manchester City. Humainement, cette décision a pu être perçue comme une véritable vexation pour le jeune brésilien (ce qui n’est pas sans conséquence dans le vestiaire parisien) Marquinhos, qui lui a toujours été performant, quel que soit le poste où il a été appelé. En sport peut-être plus qu’ailleurs, la confiance est un bien précieux et extrêmement fragile. Depuis sa prise de fonction en 2013, Laurent Blanc a mis en place un schéma tactique qui, les statistiques en attestent, a fait ses preuves : possession de balles le plus souvent supérieure à 65%, records en tout genre (nombre de points, nombre de buts marqués, nombre de buts encaissés …), performances répétées au niveau européen. Si la contre-performance du match aller peut s’expliquer en partie par le manque d’adversité au niveau des compétitions françaises, de la trêve internationale et par une gestion perfectible du cas Aurier, celle du match retour est de l’avis de tous, grandement imputable à la décision tactique de l’entraineur parisien. Pourquoi changer la structure même de sa composition d’équipe ? Pourquoi créer le doute ? Seulement 4 des 11 joueurs titulaires ont débuté la rencontre à leur poste de prédilection. Pas d’automatisme, pas de confiance, un niveau d’engagement insuffisant, une envie visiblement absente… les joueurs avaient-ils compris ce que voulait le coach ? Force est de constater que le message n’a pas été traduit en action sur le terrain.

Pour mardi soir à Munich, je ne peux prédire le résultat mais je peux vous garantir que les joueurs de Diego Simeone y mettront les moyens. Ses messages seront passés, l’engagement y sera de la 1e minute à la dernière. Culture d’entreprise, management par l’envie des générations Y comme Z, la confiance sont autant d’éléments qui semblent expliquer la « contre-performance » du PSG cru 2016 et qui pourraient bien être les prochains chantiers stratégiques à engager dès cet été. Ce sont aussi les thèmes qui devraient inspirer bien des managers en entreprise…

Auteur : Vincent Chaudel, Directeur Communication / Marketing et expert sport du cabinet Kurt Salmon, vice-président de Sport & Citoyenneté

Crédit Photo : MediaSpoliS

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COMMENTS

  • Romain G

    Bien d’accord avec vous même si on pourrait aussi parler des cadres censés être exemplaires et tirer les autres vers le haut dans ce genre de matchs, ce qui n’est pas le cas depuis 4 ans.
    Par contre, Manchester City c’est « made in Abou Dhabi », pas Dubaï…

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