S’inspirer de l’art de travailler en mode distribué

A l’aune des crises successives que nous traversons -grèves contre la réforme des retraites, COVID-19- le travail traditionnel au bureau tombe en haillons. L’objectif de cet article ne consiste pas à brosser un portrait dithyrambique du travail en mode distribué afin d’en faire un remède miracle mais d’identifier des pratiques clés réplicables à notre fonctionnement en télétravail à marche forcée.

 

Tout d’abord… Le travail distribué késako ?  

Le travail en mode distribué se tient sur la ligne de crête. Il n’est pas l’exacte réplique d’une journée de bureau version online. Il n’est pas non plus l’extension du télétravail. Le travail distribué est subversif dans ce qu’il impose comme rapport à l’espace et aux autres.

A l’origine du terme ce sont des entreprises sans bureaux et où les collaborateurs travaillent entièrement de chez eux. Le travail distribué revient à se libérer de son lieu de travail. Le pendant non verbal des interactions entre collègues disparait. La manière dont on rédige ses mails devient l’équivalent de la manière dont on discuterait dans un couloir.

Ce mode d’organisation s’observe beaucoup dans le giron de la Tech auprès d’un public déjà familier à la culture du numérique et aux outils collaboratifs. Parmi les entreprises ayant adopté le modèle de l’entreprise distribuée on peut citer : Automattic, InVision, Plateform.sh ; essentiellement des start-ups américaines dont l’une d’entre elles est une licorne (valorisée plus d’un milliard de dollars).

Après un passage chez Google et Buffer, le français Rodolphe Dutel, a créé une communauté d’entraide entre télétravailleurs additionnée à un jobboard : Remotive. Cette figure de référence du travail à distance rappelle toutefois un élément clé : « le travail distribué constant ne peut fonctionner sans retrouvailles physiques entre équipes. »

La situation singulière à l’échelle mondiale nous oblige à repenser structurellement notre rapport au travail. L’entreprise décentralisée un modèle d’avenir ? En tout cas nous avons sûrement beaucoup à apprendre de ces organisations sans bureaux et de cette expérience inédite que nous avons vécu ces dernières semaines…

 

S’inspirer de l’art de vivre en travail distribué : quelles sont les pratiques clés ?

Le travail en mode distribué est une mine d’or de bonnes pratiques pour traverser la tempête qui nous frappe de plein fouet. Tentons d’identifier les modes d’action qui constituent le succès de ce type d’organisations pour s’en inspirer.

Qu’est-ce que cette expérience va changer à nos pratiques ?

Nous entrons dans une zone d’entre-deux, dite de liminalité, où nos rituels anciens sont devenus caduques et ceux qui s’installent ne sont pas encore totalement stabilisés. Pour éviter la fracture avec le monde d’après, les organisations devront surfer sur ce momentum pour cristalliser certains enseignements. Nous avons identifié 4 leçons à tirer pour demain.

 

  • Des outils qui ont la cote : les outils collaboratifs et solutions de vidéo-conférence ont vu leur nombre d’utilisateurs exploser. En l’espace d’une semaine Microsoft a enregistré 44 millions d’utilisateurs actifs sur Teams. Toutes les applications permettant de garder le contact visuel avec ses collègues et ses proches ont le vent en poupe et ce n’est pas près de s’arrêter.
  • Nouvelle dynamique de partage dans l’équipe : les équipes ont structuré des espaces de partage de documents appelés Knowledge management. Au-delà de la préservation des connaissances, la présence de ces espaces permet d’instiller des communautés de pratique qui se partagent des retours d’expériences en vue d’améliorer les performances collectives et individuelles des membres qui la composent. Plus d’intermédiaires, tous les collaborateurs ont accès au savoir qu’ils soient « givers » ou « takers ».
  • Nouveau paradigme managérial : transparence et confiance sont le nouveau mantra des managers qui coordonnent des équipes à distance. Comment le rendre opérant ? Avec la méthode du management par les objectifs : trois lettres OKR pour Objective Key Result. Cette démarche permet de motiver ses équipes autour d’un objectif central qui a du sens et de définir très clairement quelles sont les tâches de chacun pour atteindre cet objectif. La force du collectif est la clé de voute dans l’atteinte de cet objectif.
  • Des réunions vraiment plus efficaces : parce qu’elles sont de plus en plus nombreuses, le format des réunions a dû être réinventé pour donner lieu à des rencontres virtuelles plus courtes et productives. Dorénavant l’ordre du jour est établi en amont, le nombre de participants est circonscrit à la question : « cet intervenant est-il indispensable à la réunion ? », et la durée de ces rencontres s’est réduit pour se laisser des temps de respirations.

 

Dans toute crise il y a une opportunité. Cette situation singulière, bien que tragique, peut nous permettre de réinventer le travail à bien des niveaux (appropriation des outils digitaux, management par les objectifs…).

L’épisode du confinement a changé la donne, le bureau et ses open-spaces n’apparaît plus comme la panacée. Le télétravail risque de poursuivre sa progression à grande échelle. En effet, Facebook et Google projettent de télétravailler jusqu’en 2021 et Twitter autorise ses collaborateurs à télétravailler « pour toujours ».

Si le travail en mode distribué ne devient pas la norme, il reste néanmoins le ferment d’une multitude de bonnes pratiques pour préserver le lien malgré la distanciation physique.

Passé le maelström du confinement, quoi de mieux qu’une rétrospective pour mettre à l’index les difficultés rencontrées par vos équipes mais surtout pour identifier les enseignements cardinaux à retenir ?


—— Pauline LE TIRILLYAnalyste
&
Mélissa DE FREITASSenior Consultante
Pour en savoir plus, vous pouvez contacter :
Sabrina YOUNSI-YUTHSenior Manager
sabrina.younsiyuth@wavestone.com

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