Et si le télétravail devenait mal aimé à cause du confinement : « vivement que je retrouve ma liberté de mouvement … et mon bureau ! » Scenario 2

Trois scenarii possibles pour comprendre ce que le confinement peut changer au télétravail : le travail en présentiel va-t-il rester une norme ou devenir une exception ?

« Tout ce qui peut se faire en télétravail doit être fait en télétravail » : voilà ce qu’expliquait Muriel Penicaud le 13 mars dernier dans le cadre de la lutte contre la propagation du covid-19. Ce lundi 4 mai, dans la même logique, elle a préconisé un télétravail massif au moins jusqu’à l’été, alors que l’état d’urgence sanitaire était prolongé jusqu’au 24 juillet le samedi 2 mai.

Est-ce à dire que cette généralisation du télétravail va nécessairement se poursuivre à long terme, à la fin du déconfinement ? Rien n’est écrit.

Après avoir imaginé un premier scenario de progressif retour à la situation pré-confinement, et avant de présenter un troisième scenario de généralisation très large du télétravail après le déconfinement, #LeBlogRH imagine cette fois un scenario dans lequel le télétravail deviendrait mal aimé à long terme précisément à cause de ce confinement si particulier, et douloureux pour beaucoup.

Une conviction demeure en ce temps d’incertitude : il faut se préparer à tout !

Avant de détailler chacun de ces scenarii, voici ce qu’ils signifieraient en termes d’évolution du nombre de télétravailleurs avec un graphique synthétique :

2ème scenario : Et si le télétravail devenait mal aimé à cause du confinement : « vivement que je retrouve ma liberté de mouvement .. et mon bureau ! »

 

Le confinement, une expérience qui nuit grandement à la qualité de vie en général et donc à la qualité de vie au travail

Le confinement représente pour la plupart des Français une expérience difficile à vivre sur un plan psychologique. En effet, comme le montre un article publié dans Santé Magazine, prenant en compte notamment les premiers effets du confinement sur la population chinoise, le confinement dans le cadre d’une épidémie a de nombreux effets négatifs, avec une démultiplication des émotions négatives :

  • Sentiment de peur : inquiétude liée à la maladie, anxiété quotidienne, crainte d’être contaminé, incertitude sur les symptômes de la maladie créant un climat de peur latent
  • Sentiment d’étouffement : l’impossibilité de sortir, de varier les espaces, peut entraîner un mal-être équivalent à la claustrophobie, avec un fort sentiment d’enfermement
  • Sentiment d’ennui, lassitude :  la réduction des contacts sociaux peut également générer une certaine lassitude
  • Difficulté à se projeter : l’incertitude concernant la fin du confinement peut aussi entraîner une certaine paralysie intérieure
  • Sentiment d’isolement pour les uns et tensions dans les couples, les familles, pour les autres, et d’autant plus dans les couples avec des enfants en bas âge

 

On comprend donc que la qualité de vie pendant le confinement est au plus bas. Or, dans un tel contexte où espace de vie et espace de travail semblent se mêler, il est clair que la qualité de vie au travail est impactée et subit de graves dommages. Que l’on pense aux couples avec des enfants en bas âge requérant beaucoup d’attention ou aux personnes dont les proches subissent l’épidémie, il est clair que pour eux le ressenti de cette expérience de télétravail est essentiellement négatif.

 

Des risques de piratages informatiques qui n’ont jamais été aussi importants et qui peuvent laisser de mauvais souvenir aux collaborateurs

Un autre aspect important du passage au télétravail dans l’urgence et sans préparation, c’est le risque que cela fait courir du point de vue de la sécurité informatique. Pour permettre à un grand nombre de collaborateurs le travail à distance, il a fallu parfois faciliter l’accès à des données confidentielles ou encore renoncer à des VPN sécurisés pour chaque collaborateur. Gérôme Billois a ainsi expliqué dans  France Soir  que le risque de cyberattaques et de fuites de données était décuplé par le contexte actuel : « le risque n°1 pour une entreprise est de mettre en place le télétravail d’un jour à l’autre, sans avoir eu le temps de se préparer, et donc sans avoir déployé les mesures minimales de cybersécurité ».

Ainsi, avec une qualité de vie au travail amoindrie, le confinement peut entrainer une association entre télétravail et piratage informatique qui pourra refroidir nombre d’entreprises vis-à-vis de ce dernier et leur donner envie de tourner la page au plus vite.

 

Le télétravail nécessite un accompagnement dédié pour s’ancrer dans la durée

Il est également important de rappeler que le télétravail, dans la mesure où il représente un bouleversement considérable  dans nos manières de travailler, nécessite une sensibilisation préalable. C’est primordial si l’on souhaite qu’il se fasse dans de bonnes conditions, tant pour le collaborateur qui doit apprendre l’autonomie à distance, que pour le manager qui doit apprendre le management à distance.

Pour cette raison, les individus déjà habitués au télétravail peuvent avoir une perception biaisée du confinement et du développement du télétravail qu’il permet. En effet, dans la mesure où ils ont déjà les bons réflexes, la sensibilisation, ils ne voient pas le challenge que vivent ceux qui le découvrent du jour au lendemain, sans préparation, dans le modèle le plus extrême qui existe, c’est-à-dire celui du full remote (100% à distance).

Un article du blog RH présentait ainsi récemment tout ce qui peut encore freiner managers et collaborateurs au télétravail. Que ce soit la disparition du bureau traditionnel comme point de repère, la place du manager de proximité dans l’animation du collectif ou encore les impacts sur la vie privée, tous ces freins nécessitent un fort accompagnement dans la mise en œuvre du télétravail. Ils ont donc d’autant plus d’impacts dans une période où aucune sensibilisation ni formation n’a parfois pu être faite en amont.

 

Le risque du black-out : amnésie collective après le déconfinement

Ainsi, que ce soit à cause de l’association entre une qualité de vie au travail dégradée et le confinement, à cause des graves piratages informatiques qui peuvent arriver, ou encore à cause du bouleversement lié à un changement brutal de nos manières de travailler, il est possible qu’à la fin du confinement, de nombreux collaborateurs cherchent à oublier complètement le télétravail, pour revivre comme avant, en associant définitivement l’épisode difficile du confinement au télétravail.

Dans ce cas-là, à rebours de ceux qui voient le confinement comme l’avènement et le triomphe du télétravail, on pourrait constater son arrêt ou du moins l’intensification de tous les freins déjà présents aujourd’hui. Dans ce cas-là, il est clair que l’association du télétravail et du confinement constituera le meilleur vaccin contre le télétravail. Nombreux semblent ceux qui se disent : « vivement que l’on retourne au bureau ! »

——-Jules SIMONINConsultant
Pour en savoir plus, vous pouvez contacter :
Sabrina YOUNSI-YUTHSenior Manager
sabrina.younsiyuth@wavestone.com

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